07/10/2026

La folle blanche : le cépage qui a fait le cognac

Un cépage presque oublié


La folle blanche est aujourd’hui l’une des grandes absentes du vignoble de Cognac : elle représente moins de 1 % des vignes plantées dans la région. C’est pourtant elle qui dominait avant la crise du phylloxéra des années 1870. Cet article raconte son histoire, explique pourquoi elle a presque disparu et ce qu’elle apporte encore dans le verre.


Un cépage charentais au nom étonnant


La folle blanche est un cépage blanc cultivé depuis longtemps dans l’Ouest et le Sud-Ouest de la France. Selon les régions, on l’appelle aussi gros plant, picpoul ou enrageat blanc. Son nom viendrait de sa vigueur et de ses rendements capricieux : une vigne « folle » a du caractère et ne se laisse pas toujours dompter.


Jusqu’au XXe siècle, c’était le cépage traditionnel du cognac et de l’armagnac. Avant le phylloxéra, elle dominait le vignoble charentais.


Du phylloxéra à l’ugni blanc


Dans les années 1870, le phylloxéra, un insecte venu d’Amérique, ravage le vignoble charentais. La folle blanche, très sensible, est décimée. Pour replanter, les vignerons choisissent des variétés plus robustes, et l’ugni blanc s’impose : résistant aux maladies, productif, tardif, peu alcoolisé et très acide, ce qui convient bien à la distillation. Le récit complet de cette crise est à lire dans notre article La crise du phylloxéra à Cognac.


Aujourd’hui, l’ugni blanc couvre plus de 98 % du vignoble de Cognac, contre moins de 1 % pour la folle blanche. Le baco blanc (ou baco 22 A), lui, est né d’un croisement entre la folle blanche et un hybride américain, le noah, justement pour résister au phylloxéra. Le folignan, autorisé dans le cahier des charges du cognac depuis 2005, est un autre héritier de la folle blanche : un croisement avec l’ugni blanc.


Un cépage difficile à cultiver


La folle blanche est vigoureuse et productive, mais fragile. Elle craint le mildiou, le black rot et surtout la pourriture grise. Son débourrement précoce l’expose aux gelées de printemps, et ses rendements restent irréguliers.


Ses vins de base sont très acides et plutôt rustiques : ils sont faits pour la distillation, pas pour la table. Ces caprices expliquent qu’on lui ait préféré des variétés plus fiables après le phylloxéra.


Ce qu’elle apporte dans le verre


Les eaux-de-vie de folle blanche sont réputées pour leur finesse. Leur acidité élevée et leurs arômes délicats, floraux et citronnés (jasmin, agrumes), donnent de l’élégance au cognac.


Chez Michel Forgeron, la maison décrit ses folle blanche les plus jeunes comme fraîches, fruitées et florales. Les plus anciennes gagnent en profondeur et en complexité, avec des notes fumées, iodées et légèrement tourbées, qui évoquent certains whiskies, tout en restant pleinement cognac.


La folle blanche aujourd’hui


Elle n’a pas disparu. En France, selon Wikipédia, ses plantations sont passées de 15 865 hectares en 1958 à 1 770 hectares en 2009, mais elle survit en Charente, en Armagnac et dans le pays nantais, où elle donne le gros plant, un vin blanc très sec et vif.


En Charente, elle reste surtout cultivée par de petits producteurs attachés à son style, parfois en cuvée pure, parfois en assemblage.


Chez Michel Forgeron : 5 hectares en Grande Champagne


La famille Forgeron cultive 5 hectares de folle blanche au cœur de la Grande Champagne, premier cru de l’appellation Cognac. Chaque récolte est distillée selon la méthode charentaise traditionnelle, puis vieillie en fûts de chêne français dans les chais de la maison, à Segonzac.


Trois cognacs permettent de découvrir ce cépage :



Retrouvez toute la collection sur la page La Folle Blanche.


Questions fréquentes


Qu’est-ce que la folle blanche ?


C’est un cépage blanc historique du cognac et de l’armagnac. Très acide et délicat, il donne des eaux-de-vie fines, mais il est fragile et capricieux dans la vigne.


Pourquoi l’ugni blanc a-t-il remplacé la folle blanche ?


À cause du phylloxéra des années 1870. L’ugni blanc résiste mieux aux maladies, produit davantage et convient bien à la distillation. Il couvre aujourd’hui plus de 98 % du vignoble de Cognac.


Peut-on goûter un cognac de folle blanche ?


Oui, mais c’est rare : le cépage représente moins de 1 % du vignoble. La maison Michel Forgeron en propose trois, de 5, 10 et 15 ans, issus de ses propres vignes en Grande Champagne.


Pour aller plus loin : Les six crus du cognac, Le vieillissement du cognac et Que signifie XO ?.


Sources